Tatiana Huezo
Complètement séduit par le documentaire « El Lugar más Pequeño », primé au festival « Visions du Réel » de Nyon, le Festival Filmar a décidé d’inviter Tatiana Huezo, la réalisatrice de ce film. présente du 16 au 21 novembre
Tatiana Huezo Sánchez est née en 1972 à San Salvador. Diplômée du Centro de Capacitación Cinematográfica de Mexico, elle a réalisé plusieurs courts-métrages et documentaires.
Filmographie
- Tiempo Caústico, 1998, fiction.
- El Ombligo del Mundo, 2001, fiction.
- Retrato de Familia, 2008, documentaire.
Note de la réalisatrice
Je suis née au Salvador, mon père est salvadorien et toute ma famille paternelle a vécu la guerre civile (1979-1992). Moi, je ne l’ai pas vécue. Une année avant que la guerre n’éclate, je suis partie avec ma mère au Mexique, j’avais quatre ans. Ma mère est mexicaine et j’ai grandi à Mexico.
Je suis toujours retournée occasionnellement au Salvador. Il y a quelques années, j’ai rendu visite à ma grand-mère paternelle au Salvador et elle m’a fait connaître le village où elle est née, Cinquera. Nous avons fait trois heures de trajet et beaucoup de chemins de terre. Le soir même où nous sommes arrivées, je suis allée me promener seule. Le village était petit, quelques rues à moitié vides. Tandis que je marchais, une dame âgée s’est approchée de moi et m’a soudainement pris dans ses bras. « Rina », elle m’appelait, « tu es revenue ! Tu n’as pas changé ! » Je ne savais pas quoi faire, je lui ai dit que c’était une erreur, que je n’étais pas Rina. La femme ne me croyait pas. Et je n’étais pas Rina, mais j’aurais pu l’être, car il me reste encore de la famille dans ce lieu.
Ensuite je suis entrée dans la petite église du village, la façade était pleine d’impacts de balles. À l’intérieur, il n’y avait que quelques bancs de bois et dans l’un des murs était suspendue la queue d’un hélicoptère militaire. Il n’y avait presque pas d’images religieuses, les parois de l’église étaient remplies de rangées de visages imprimés sur des feuilles blanches, c’était des portraits de jeunes gens et d’adolescents guerilleros qui sont morts pendant la guerre, quelques jeunes filles me ressemblaient, et moi à elles…
L’image et la sensation de cet espace m’a profondément touchée. J’ai ressenti le besoin de savoir tout ce qui s’était passé dans ce lieu.
Ces premiers moments dans le village de ma grand-mère ont été sans aucun doute l’origine et le moteur qui m’a poussé à faire ce film.
Source : Centro de Capación Cinematográfica, dossier de presse du film.


