DÉDICACE Aux esprits de la forêt

Depuis 1999, le Festival FILMAR en América Latina encourage la diffusion des cinématographies latino-américaines. Soucieux d’en représenter la diversité, la richesse et l’éclectisme des talents, le festival envisage le cinéma comme un échange et un dialogue interculturel. La curiosité du public est alimentée par la projection d’œuvres qui ouvrent la réflexion sur les réalités culturelles et sociales des pays d’Amérique latine, mais aussi par la création et le maintien de synergies avec d’autres acteurs culturels genevois comme le Musée d’ethnographie de Genève qui poursuit les mêmes objectifs.

Cette année, l’exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt », présentée au MEG jusqu’au 8 janvier 2017, est le point de départ d’une programmation conjointe avec FILMAR, rendant hommage aux populations d’Amazonie, à leurs croyances et à leur environnement. De cette convergence est née la DÉDICACE aux esprits de la forêt, section parallèle de la 18e édition de FILMAR dédiée à des films à connotation chamanique.

Dans le processus de sélection, l’approche historique, la notion de transmission et la transversalité des thèmes ont été considérées, proposant d’appréhender la forêt amazonienne, ses habitants et leurs croyances de manière nuancée. S’appuyant sur Fitzcarraldo, monument classique et cinématographiquement marquant, le programme invite à (re)découvrir certaines productions significatives, à commencer par Xingu, qui explore sous forme de drame historique la diffcile situation des Indiens et l’avènement du Parc Indigène du Xingu. L’apprentissage chamanique est abordé de manière intime dans Icaros, immersion poétique dans l’univers spirituel des Shipibo. L’attrait occidental pour le psychotrope ayahuasca est quant à lui dépeint de manière idéalisée via le désillusionné Planta Madre. L’étreinte du serpent réussit le tour de force d’aborder à la fois la menace pesant sur la survie des Indiens, la fascination pour les plantes médicinales et l’image mythique du chamane, en inversant le regard par sa narration construite via la focale de l’Indien exploré et non l’explorateur uniquement. Deux fictions inédites sorties en 2016 viennent compléter avec force l’exposition des enjeux culturels et identitaires des Indiens aujourd’hui. Le doux-amer Antes o Tempo não Acabava suit les tribulations d’un Indien tiraillé entre son devoir de tradition et son envie de liberté. L’émouvant Icaros: a Vision (projeté en présence du réalisateur et du producteur) offre un regard convaincant sur le développement récent du tourisme chamanique dans ce qu’il a de positif, mais aussi de questionnable. Enfin, l’ovni expérimental Xapiri invite à une retranscription sensorielle de l’expérience chamanique, démarche à cheval entre travail de terrain et traitement post-tournage des images et des sons, appliquant des outils technologiques modernes à la captation d’un rituel naturel. La démarche sera explicitée par ses réalisateurs, invités à cette occasion.

Cette section, réalisée en collaboration avec le MEG pour éclairer certains aspects du chamanisme amazonien en marge de son exposition temporaire, est un signe heureux qui témoigne de l’intérêt du travail en réseau pour notre scène culturelle locale. Elle met également en exergue l’inspirant lien sacré entre les hommes, les esprits et la nature.